Jodhpur-Ranakpur-Udaipur Dimanche 4/3
Nous quittons Jodhpur pour Udaipur plus tard que prévu à cause de la fête de Holi car notre guide a peur que le car soit arrêté dans les villages . En chemin nous nous arrêtons dans un endroit très agréable pour prendre le repas de midi. Les tables sont dressées au milieu d'un très beau jardin tropical, avec une piscine. L'endroit est ravissant et la nourriture abondante et variée. Les oiseaux chantent à tue-tête, et les écureuils ne sont pas farouches. La preuve l'un d'entre eux s'est invité sur la table à côté de nous :
Notre paysage va beaucoup changer en cours de route. Au lieu des plaines désertiques, nous allons nous diriger vers la chaîne des Aravalli, des montagnes de faible hauteur. Ce n'est pas comme dans les Alpes, où on monte longtemps avant d'atteindre le sommet du col. Ici ce sont des endroits vallonnés, et on n'arrête pas de monter et redescendre. Par endroits il y a quand même de sérieux à-pics. Férue de montagne, j'aurais bien aimé m'arrêter pour prendre des photos, mais la route n'est guère meilleure que d'habitude, très étroite et tout en tournants. Impossible donc de s'arrêter car bien que pas très fréquentée, nous croisons parfois des camions ou des charettes tirées par des ânes.
Au creux d'un vallon, nous découvrons une vraie merveille : un des plus remarquables sanctuaires Jaïns (rappelez-vous, les Jaïns sont ces personnes qui portent parfois un bandeau sur la bouche pour ne pas avaler d'insectes). Le sanctuaire de Ranakpur date du 15ème siècle et fut édifié par un riche marchand Jaïn. D'une architecture très complexe, la variété infinie de ses détails finement sculptés en font un lieu remarquable. Blotti au creux des collines, c'est un endroit paisible et il servait de refuge aux marchands. Actuellement il est toujours occupé par une petite communauté de moines Jaïns, et est visité par de nombreux pélerins. A l'intérieur 1.444 colonnes et piliers en marbre blanc sculptés soutiennent des coupoles tout aussi travaillées. Par opposition à la majeure partie des sanctuaires, une clarté pénètre de toutes parts dans le temple, ce qui ne facilite pas la photographie comme vous pourrez le constater

Personnellement c'est un des endroits que j'ai préférés, avec le Taj Mahal.
(Photo retouchée par Dominique)
Arf

je lui ai coupé la tête ...
Je suis vraiment impressionnée par la finesse des sculptures, au point que j'en ai la chair de poule. Je souris à un moine. Fine mouche, il s'aperçoit de mon émoi et en profite pour me taper, me présentant sa sébille d'un air vindicatif. Je contribue à la cause, comment faire autrement

J'ai appris plus tard que je ne fus pas la seule, plusieurs d'entre nous ont dû cracher au bassinet. Mais franchement, cela valait la peine, car le temple est très bien entretenu. Comme d'habitude, nous sommes pieds nus (ou en chaussettes) et les personnes vêtues de manière "indécente"

(shorts ou robes courtes) doivent revêtir une espèce de culotte de pyjama pour les hommes, de caftan pour les dames. Par chance mon pantalon est long assez, je suis donc juste pieds nus

J'ai shooté un membre du groupe (avec sa permission) parce que je le trouvais trop mimi

Je cache son visage, mais ne résiste pas au plaisir de vous montrer à quoi la plupart des messieurs ressemblaient
Sur le parking où se trouve notre car, de nombreux singes en liberté. Notre guide Christine nous intime carrément l'ordre de ne pas leur sourire. En effet, si on sourit, on montre les dents, et les singes prennent ça pour une marque signifiant l'agressivité. Ils risquent donc de nous tomber dessus

Nous sommes donc tous en train de faire des photos, bouche soigneusement fermée, et nous évitons de nous regarder pour ne pas rire.
Nous reprenons notre route à travers la montagne, à du 30 à l'heure. En passant, Christine nous montre antique noria, machine hydraulique servant à irriguer les cultures, tirée par des boeufs. Ca rouspète ferme dans le car parce qu'on n'a pas pu prendre des photos ... Christine et Rahul nous promettent de s'arrêter à la prochaine. Enfin en voici une ... mais le soir est presque tombé, et les boeufs sont désattelés

Mais je vous ai dit qu'en Inde le bakshish peut tout ... Rahul va trouver le chef du village, et en échange de quelques roupies, on réattelle les boeufs et c'est l'occasion pour prendre quelques photos. Regardez la maigreur de ces pauvres bêtes !
Madame est allée chercher de l'eau au puits
Avant de partir, nous distribuons des ballons à gonfler aux enfants. Ce petit garçon n'en avait jamais vu de sa vie. On lui explique comment faire, il s'applique, souffle et gonfle le ballon, mais n'arrive pas à souffler assez fort, alors l'air revient dans sa bouche et gonfle ses joues

On essaie de lui faire comprendre, mais il ne parle qu'Hindi et Rahul est trop loin pour traduire ... Néanmoins il s'amuse comme un petit fou, regardez ses yeux, il est vraiment adorable.
Dans les hôtels, il y a toute une panoplie de savons, sels de bain, petits flacons à profusion. Chacun les reprend et les distribue aux enfants. Ici on a collecté tout ce qu'on avait et on le remet à une dame. Nous les quittons à regret sur le temps qu'elle découvre son trésor ... je me retourne une dernière fois pour leur faire adieu et surprise ! la dame a déballé un savon et est en train de le goûter ... elle n'en avait jamais vu auparavant ...
Nous reprenons la route, le soir tombe, les derniers kilomètres se feront dans le noir. Dans le car, on entendrait une mouche voler, seul le bruit du moteur et des double-débrayages de notre chauffeur brisent le silence. On est tous plus ou moins crispés, parce qu'on sait comment est la route. Notre chauffeur est vraiment un as du volant ! Il nous arrête sans encombre devant notre hôtel. Sans nous être concertés, c'est tous ensemble que nous applaudissons pour saluer sa maîtrise.
Lundi 5/3 :
Udaipur
Nous avons logé au Hilltop Palace, qui n'a de Palace que le nom. Bien de loin, mais loin d'être impeccable, les chambres sont juste propres. Les draps de lit aussi, même s'ils sont trop courts en long et en large. Le pire reste à venir, mais je ne le sais pas encore

J'ai quand même très bien dormi, ce n'est qu'au petit matin que je me rends compte que les portes de l'armoire murale, qui ont été blanches dans des jours meilleurs, sont couvertes de traces noires de doigts. Idem dans la salle de bains, la robinetterie est vieillote et crachotte un peu. J'aurais bien voulu faire un peu de lessive, puisque nous allons y rester deux jours. Las, pas de bonde, ni dans l'évier ni dans la baignoire. Tant pis, je ferai mon linge un autre jour. Christine et Rahul nous expliquent que c'est pratiquement le seul hôtel valable dans la région, hormis bien sûr le Lake Palace sur le lac Pichola, mais les prix y sont inabordables (entre 1000 et 2000 euros la nuit). C'est un hôtel de haut standing, où ont notamment dormi la Reine d'Angleterre, Jackie Kennedy et Roger Moore. Nous nous contenterons de le photographier de loin

En fait, Udaipur est un endroit très charmant et romantique, et tous les hôtels sont très chers, parce que c'est un peu la Côte d'Azur ou la Riviera du coin. Les prix sont donc élevés et il y a peu d'hôtels de bon confort abordables. Le lendemain sur le plan de l'évier il y a une horde de fourmis

Le pire reste à venir, mais je ne le sais pas encore (bis)

je le signale au Directeur qui a l'air de prendre ça très au sérieux. Je n'y retournerai pas pour vérifier .... Il ne faut pas oublier que ce sont des hommes qui font le ménage, et ils sont souvent payés au ras des pâquerettes. Ceci expliquant sans doute cela.
Direction les rives du lac Pichola, il fait un temps superbe, une légère brume monte du Lac, nous sommes sous le charme. Quelques photos du superbe Lake Palace, on rêve en voyant arriver les voitures de maître conduites par des chauffeurs gantés de blanc.
Quand on sait que ce lac est artificiel et a été aménagé uniquement pour recevoir le Lake Palace, superbe palais destiné aux hôtes de marque du Maharana (ici, c'est Maharana, pas Maharadjah) d'Udaipur, il y a de quoi se poser des questions si on pense à la pauvreté du peuple ... C'est ça aussi l'Inde !
Nous grimpons jusqu'au City Palace, où l'actuel Maharana réside toujours, lorsqu'il n'est pas à Londres. Une lumière rouge indique qu'il est présent au palais. Si on pouvait le croiser, ce serait le pied ... hélas

il reste bien caché. Le nom particulier de Maharana vient d'une légende qui affirmait que cette famille de riches Maharadjahs descendait du soleil. Pas moinsse ! Sur la façade du palais, on voit d'ailleurs sur la gauche, au-dessus du lampadaire, un élément rond figurant un soleil. Cet élément se répercute à l'intérieur du palais, je vous en montrerai son pendant tout à l'heure.
La partie du palais accessible au public est transformée en musée, et les salles sont toutes plus riches les unes que les autres. Le Maharana et son épouse la Maharani ont vraiment un goût très sûr et la décoration nous impressionne vraiment beaucoup par le foisonnement des couleurs et le mariage des styles.
Plafonds aux peintures dans des tons délicats, couleurs éclatantes, tout est ravissement pour nos yeux émerveillés
De superbes pavés de Delft ...
voisinent sans problème avec des vitraux de couleurs vives
A travers les festons d'un des nombreux kiosques, une vue sur le Lake Palace
Un lustre en pâte de verre de la cristallerie Liégeoise du Val Saint-Lambert
Un des nombreux encorbellements de la terrasse ... L'extérieur vaut l'intérieur au niveau des couleurs
Voici à l'intérieur le pendant du soleil que je vous ai montré à l'extérieur. Il est placé de manière à ce qu'il soit la première chose que voit le Maharana en se levant. Il est translucide et resplendit sous les rayons du soleil du matin. Il est (comme une majeure partie des pièces malheureusement) placé derrière une vitre de protection, donc difficile à photographier de face
Un paon, symbole du Rajasthan. Ils sont nombreux dans cet état, et nous en avons vu plusieurs en liberté, mais malheureusement trop loin pour pouvoir les photographier
La galerie des glaces
Une cour intérieure aménagée en café avec ses tables ornées de parasols particuliers, en forme de capeline
Nous quittons à regret le City Palace et nous allons visiter un très beau jardin tropical. En chemin, nous croisons un éléphant

son cornac met pied à terre pour nous permettre de faire des photos. L'éléphant en profite pour manger son dix-heures
Une fleur au milieu du jardin ... L'anneau qu'elle porte dans le nez signifie que c'est une femme mariée. Parfois, cet anneau est relié à l'oreille par une fine chaînette d'or
Elles ont vu un groupe de touristes, elles sont accourues pour se faire prendre en photo ... guettant quelques roupies au passage
De nombreux jets d'eau dans ce jardin. Il faut taper dans les mains pour faire démarrer les jets ... mais j'ai vu plus loin un vieux Monsieur accroupi près du robinet, le charme est rompu
Des villageoises vendents leurs fruits et légumes
Soudain une fanfare ... C'est le cortège qui se rend à un mariage. C'est sans doute le bon moment pour vous parler un peu des mariages en Inde. Il faut savoir d'abord qu'on ne se marie pas par amour, mais parce que les parents l'ont décidé. Il y a une procédure d'envoi de "curriculum vitae" décrivant les atouts des candidats : leur âge, leur scolarité, leur religion, leur caste (le mariage entre deux personnes appartenant à des castes différentes est interdit --et il y a 5 castes en Inde, des Brahmanes (les plus riches et les plus puissants) aux Intouchables (les plus pauvres)--, leurs aspirations, le nombre d'enfants qu'ils souhaitent. Les parents ayant un jeune homme à marier envoient donc le cv de leur rejeton à toute une série de familles ayant une fille ... suivant l'appréciation positive ou négative du cv, les tractations commencent. Sans les intervenants principaux, bien entendu ! On parle argent, dot de la jeune fille plus précisément. Je l'ai déjà dit, un mariage en Inde est une fête grandiose, réunissant au moins 500 personnes, et qui dure plusieurs jours. La jeune fille se doit d'apporter (beaucoup) d'argent à sa belle-famille, ainsi que son trousseau, les appareils ménagers, etc. La belle-famille reçoit l'argent de la dot et accueille la jeune fille qui doit donc vivre chez ses beaux-parents avec un jeune homme qu'elle n'a pas choisi. Les belles-mères sont de véritables chameaux, se vengeant sur leur belle-fille de ce que leur propre belle-mère leur a fait subir. Lesquelles belles-filles supporteront en se disant qu'à leur tour elles se vengeront sur leur bru

J'ai lu des articles dans des journaux en anglais (Rajasthani Tribune si je me souviens bien) que dans les villes, environ 40 % des épouses étaient battues, forcées, violentées. Dans les campagnes, le taux monte à près de 50 % ... Les femmes ne se révoltent pas, parce qu'elles ne savent pas où aller (leur famille a payé tellement d'argent pour les marier, qu'il n'est pas question qu'elles reviennent chez elles) et si elles divorcent, elles perdent tout statut social, et deviennent de vrais parias de la société, sans ressources et sans aide. Les enfants restent avec les pères ... Pas étonnant dès lors qu'il y ait un tel taux d'avortements provoqués quand elles savent qu'elles attendent une fille.
En visitant le Taj Mahal, j'ai été "interviewée" par des jeunes filles que j'avais photographiées. Elles étaient bavardes comme des pies, me laissant à peine le temps de respirer entre deux questions. Après s'être assurées que j'étais vraiment une touriste et pas une journaliste ou Dieu sait quoi, elles m'ont demandé de leur dire franchement ce que je pensais de l'Inde. Je le leur ai répondu que je pensais que le salut de l'Inde viendrait de l'éducation des femmes. En Inde, tout au moins dans le Nord, l'école n'est pas obligatoire. N'y vont donc que les privilégiés, et de plus les écoles supérieures sont payantes et inaccessibles au peuple. Un cercle bien vicieux. Si on parvenait à rendre l'école obligatoire et gratuite pour une grande part de la jeune génération, et qu'on enseigne aux filles l'hygiène, une ou deux langues étrangères, un peu d'histoire et de géographie, elles seraient mieux armées pour faire face au diktat des hommes. De plus, il faut espérer qu'elles seront moins vénales et moins sensibles à la corruption que les hommes, car la corruption à tous les niveaux est un réel fléau en Inde. Un exemple : il ne faut pas boire l'eau du robinet. Surtout à Agra ... berceau d'industries du traitement de métaux lourds, un règlement leur interdit de rejeter les eaux usées dans le fleuve. Ce règlement n'est pas du tout respecté, tout le monde le sait, mais les autorités sont grassement payées pour fermer les yeux. Donc, à Agra, il ne faut même pas songer à rincer sa brosse à dents avec l'eau du robinet, très polluée par des métaux lourds.
Revenons au cortège de mariage
Selon la tradition, le marié doit arriver sur un cheval blanc. Je suis un peu interloquée, il y en a deux ...
Probablement les dames de la suite
Nous embarquons sur un petit bateau pour faire une croisière. Nous nous arrêterons dans un autre petit palais sur le lac, transformé en luxueux bar-salon de thé. Le cadre est enchanteur, les tables sous une pergola sont recouvertes de nappes blanches bien amidonnées et l'endroit est superbe. Les prix sont exorbitants, 700 roupies pour une bouteille de bière

Je boirai un soda
En revenant en le bateau, nous avons une vue splendide sur le City Palace au coucher du soleil
et un dernier regard sur le Lake Palace qui nous a fait bien fait rêver
-->Message édité par pobemer le 27/03/2007 17:37:37<--
-------
BaBaCool "Belge, blonde et chieuse"
De mes erreurs de jeunesse, ce qui me gêne le plus n’est pas de les avoir commises, mais plutôt de ne plus pouvoir les refaire.