lalalaire a écrit :
http://83.243.20.58/Photos/00/00/02/89/ME0000028960_2.JPG
Paysage avec les ruines du mont Palatin à Rome
Peinture (Paysage)
Dimensions : 107 cm x 76 cm
Date : 1608
Artiste : Petrus Paulus RUBENS
Lieu : Musée du Louvre
Flandres - Fin du XVIème siècle
Aile Richelieu - Deuxième étage - Section 15
Voilà !
bon, allez :
1773, littérature
1608, c'est aussi:
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L'Express du 22/03/2004
Rubens, grand d'Europe
par Annick Colonna-Césari
A Lille, et pour la première fois en France, une rétrospective est consacrée au flamboyant maître flamand
La démesure de ses tableaux est à la dimension de son formidable appétit de la vie. Pierre Paul Rubens, né en exil (en Allemagne, en 1577) mais adopté par Anvers, la ville de son père, mena une existence tellement foisonnante qu'on ne sait trop par quel bout la prendre. Qui est-il? L'artiste aux immenses chantiers, dont les monarques européens s'arrachaient les faveurs, ou l'homme d'affaires ambitieux, expert en relations publiques, qui géra son atelier et sa fortune de main de maître? L'humaniste polyglotte, grand collectionneur et latiniste distingué, formé à la culture de la Renaissance, ou le diplomate avisé qui, dans une Europe déchirée, négocia la paix entre l'Angleterre et l'Espagne, performance qui lui valut l'anoblissement?
© Col Vilar-Mir, Madrid
Samson broyant les mâchoires du lion, huile sur toile (vers 1628).
Si incroyable cela semble-t-il, la France n'a jamais consacré de rétrospective à ce monstre sacré (lire l'entretien ci-dessous). La désignation de Lille comme «capitale culturelle européenne» est aujourd'hui l'occasion de lui rendre hommage. Et ce n'est que justice, car Rubens a beaucoup œuvré pour les églises du nord de l'Hexagone. Sous la houlette du commissaire Arnauld Brejon de Lavergnée, l'exposition retrace donc son parcours. Sitôt sa formation achevée auprès de maîtres anversois, Rubens part, comme il se doit, pour l'Italie. C'est dans la Péninsule qu'il attrape vraiment, dans ces années 1600, le virus de la peinture, au contact des tableaux, de Titien surtout, qu'il vénère et copie, mais aussi grâce à la fréquentation de ses contemporains, particulièrement de Caravage. C'est là également qu'il noue ses premières relations et obtient ses premières commandes.
Une palette baroque
Entretien avec Nadeije Laneyrie-Dagen, auteur de l'excellente monographie Rubens (Hazan)
Pourquoi, selon vous, aucune rétrospective Rubens n'avait jusqu'à présent été réalisée en France?
La France du XXe siècle n'a pas aimé Rubens, parce qu'elle n'a pas aimé la peinture. Ou alors la peinture abstraite et minimale, plutôt ascétique, qui rend difficilement acceptables les grosses «machines» de l'artiste, lourdes d'allégories, dans le genre du cycle de Marie de Médicis, conservé par le Louvre. Le commun des mortels, lui, retient d'abord les corps bien en chair de ses femmes: une image qui heurte, car elle est aux antipodes de la conception actuelle de la beauté, de la sensualité.
Les siècles précédents avaient pourtant reconnu son génie...
De son vivant, il y eut d'abord des réticences politiques, car Rubens était considéré comme l'Espagnol des Flandres. Et, au XVIIe siècle, l'Espagne et la France ne s'entendaient guère. Mais les réticences sont tombées avec sa mort. Et le duc de Richelieu a constitué une collection de tableaux du Flamand défunt. Le XVIIIe siècle l'a vraiment réhabilité. Chacun en a pourtant donné son interprétation. En retenant la sensualité de ses femmes épanouies Boucher a fait de Rubens un libertin. Watteau, lui, l'a tiré avec élégance du côté des conversations galantes, des fêtes dans les parcs. Quelles qu'elles soient, ces visions ont contribué à déformer la figure de Rubens. C'est le XIXe siècle romantique qui a le mieux compris son oeuvre, le plaisir du mouvement, la magie de l'outrance et de l'horrible. Delacroix, qui le compare à Homère, ne cesse de le citer dans son journal et le copie. Il aime ses «formes outrées, lâches». Au contraire de Boucher, Daumier, contemporain de Delacroix, ne le libertinise pas, il le dramatise. Il transforme la course de satyres derrière les nymphes en une entreprise de terreur, en un viol. Quant à Cézanne, il admire d'abord la construction et la puissance des formes. Pour moi, Rubens fait une peinture de l'urgence, faite pour capturer le regard, kidnapper l'esprit. En ce sens, il est baroque.
A Anvers, où il rentre en 1608, le destin lui sourit encore davantage. Dans les Flandres, toujours sous domination espagnole mais guéries de l'iconoclastie, on ne pense qu'à reconstruire les églises victimes de la fureur des calvinistes. Rubens, nommé peintre de la cour de l'archiduc Albert, enchaîne alors les commandes, plus impressionnantes les unes que les autres. Et elles vont affluer de toute l'Europe: 39 peintures de plafond pour l'église des Jésuites d'Anvers; 24 grands tableaux destinés au palais parisien de Marie de Médicis; le Luxembourg; 12 tapisseries sur le thème de l'Histoire de Constantin pour le compte de Louis XIII; 9 peintures pour le plafond de la salle de réception du palais de Whitehall, à Londres, à la demande du roi d'Angleterre, Charles Ier; 112 tableaux consacrés aux Métamorphoses d'Ovide pour le pavillon de chasse du roi d'Espagne, Philippe IV... En quarante ans, Rubens aurait ainsi produit quelque 2 000 œuvres. Un tel exploit aurait été impossible sans le support d'un atelier. Le maître contrôlait tout. Ses collaborateurs devaient abdiquer leur style.
Organiser une rétrospective sur un tel géant relève de la gageure. A cause de leur monumentalité, certains tableaux sont intransportables; d'autres sont devenus de telles icônes que les musées refusent de s'en séparer, ne serait-ce que quelques mois. Les primes d'assurances, de toute manière, représentent un coût trop élevé. Beaucoup de chefs-d'œuvre manquent donc dans cette rétrospective lilloise. Et c'est bien dommage.
Elle permet, néanmoins, d'appréhender l'étendue du génie créateur de Rubens. Excepté la nature morte, il s'est en effet frotté à tous les genres, portraits et paysages, scènes religieuses et mythologiques, mais aussi dessins et tapisseries. Et cela sur tous les registres, de l'austérité à la sensualité, mais avec une égale jubilation. Comme pour célébrer la jouissance de l'existence, ses compositions aux couleurs exubérantes apparaissent en effet souvent bouillonnantes. Véritables chorégraphies, elles semblent en expansion continue, prêtes à faire exploser leur cadre.
La peinture de Rubens, aux contours épanouis, s'adresse en fait à tous les sens; pas seulement à la vue, mais aussi à l'ouïe, à l'odorat, au toucher. Car, sous son pinceau, les corps se frôlent, se heurtent, se touchent, se contorsionnent. Le sang coule, l'amour rôde. Tel tableau exalte la chair, tel autre, la souffrance. Les paysages, en revanche, semblent plus intimistes. Contrairement à ses autres œuvres, chèrement vendues, Rubens n'en faisait pas commerce. On ne sait pourquoi. L'artiste- homme d'affaires fut toujours avare de confidences.
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