decidement certains resterons toujours des boulets!
1644:Les Mandchous s'emparent de Pékin (Beijing) et fondent la dynastie Ch'ing qui durera en Chine
Les Mandchous : des nomades devenus maîtres de la Chine
Jean-Pierre Duteil
Professeur à l'université de Paris VIII
C’est en 1635 seulement qu’apparaît de manière officielle le nom de « Mandchou » – Manzhou. Le peuple qui se désigne ainsi est alors connu sous le nom de Jürchen et descend de tribus toungouses qui nomadisaient en Sibérie orientale. Ces tribus jürchen de Mongolie orientale se sédentarisent au cours du XVIe siècle dans la région de Gehol, au nord de Pékin. La sédentarisation, supposant l’union de plusieurs tribus, a été encouragée par un khan, Nurhaci, qui est à l’origine de la puissance militaire mandchoue et de la conquête de la Chine. Cet exploit, illustré par la prise de Pékin en 1644, aboutit à la proclamation de la dernière des dynasties impériales, celle des Qing, connue également sous le nom de dynastie mandchoue (1636-1911). Jean-Pierre Duteil auteur de L’Asie aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (Ophrys, 2001), après avoir analysé l’essor de la puissance mandchoue, nous présente l’empereur Kangxi, despote éclairé contemporain de Louis XIV.
Les peuples de Mongolie orientale
Depuis l’Antiquité, la Chine lutte contre un ensemble de peuples éleveurs et nomades dont les territoires de parcours se situent au nord du fleuve Jaune et de la région de Pékin. Ces « peuples de la steppe », comme les appelait René Grousset, sont des cavaliers et des archers hors pair, qui constituent une menace permanente sur les royaumes chinois antérieurs à l’empire, et sont à l’origine de ce complexe de fortifications uniques au monde que sont les « Grandes Murailles ». Sous les Han ont lieu plusieurs expéditions contre les Xiongnu, à travers la Mongolie, qui s’échelonnent de -123 à -72. Ce peuple souvent confondu avec les Huns parle une langue altaïque, que l’on peut rattacher au groupe des langues mongoles, turques et toungouses ; il fonde un empire qui dure de -204 à -43 et s’étend sur la partie ouest de l’Asie centrale, à peu près du lac Balkhach au lac Baïkal.
Au milieu du VIe siècle de notre ère, la situation dans la zone steppique de l’Eurasie se modifie lors de la formation d’une confédération de tribus nomades dirigée par les Tujue, les Turcs. En 552, ils ont mis fin à l’hégémonie des Ruanruan sur les régions qui s’étendent au sud du Baïkal. La menace qu’ils font peser sur la Chine entraîne une seconde vague de construction de Grandes Murailles, et un sursaut de la dynastie des Tang qui l’emporte sur les tribus turques après l’offensive de 630 ; en 660 la Mandchourie et presque toute la péninsule de Corée passent sous contrôle chinois. Au cours du VIIIe siècle, au contraire, on assiste à un repli général de la Chine par rapport à la région des steppes, qui a lieu après la rébellion de An Lushan ; celui-ci favorise la mise en place d’un empire sinisé sur les frontières nord-est du Céleste Empire, celui des Kitan. Ce peuple turco-mongol mène une série d’attaques contre son puissant voisin, à la fois haï et admiré, et par ailleurs fragilisé au temps des Cinq dynasties, qui correspond au Xe siècle.
Le monde des éleveurs nomades est plus complexe qu’on ne pourrait le penser. La multiplicité des groupes ethniques, l’influence des sédentaires originaires de Chine ou des oasis d’Asie centrale, les regroupements politiques aussi, sont à l’origine de transformations profondes. Les tribus toungouses d’où proviennent les Jürchen étaient à l’origine des chasseurs de la forêt sibérienne du bassin de l’Amour ; peu à peu, ils ont développé l’élevage des chevaux en Mongolie orientale. Leurs descendants, les Jürchen, sont éleveurs avant tout mais, comme les Kitan, sont au contact des Chinois sédentaires et entretiennent avec eux des relations commerciales. Ils font appel à des artisans, voire à des lettrés chinois, capables d’assurer des formes élaborées d’administration. Ils fondent, sur les confins nord-est du monde chinois, des royaumes sinisés, tandis que les Mongols cherchent plutôt à créer à leur profit une grande confédération de tribus nomades.
L’armement utilisé par les Kitan, les Jürchen ou les Mongols, doit beaucoup aux influences extérieures. À la fin de l’Antiquité, l’invention des étriers, permettant une meilleure assise des archers à cheval, a eu des conséquences de première importance. Puis les peuples de la steppe ont appris des sédentaires les techniques de la guerre de siège, connues depuis l’époque d’Alexandre dans les oasis d’Asie centrale ou depuis l’Antiquité en Chine. Ils portent un armement lourd incorporant des pièces métalliques : casque, cotte de mailles, haches, arcs et flèches, protections de cuir pour les chevaux. Les charrettes jouent un rôle essentiel dans la logistique des troupes en marche. Chaque cavalier possède quatre à huit montures, et ne les utilise qu’au moment des engagements : il cherche alors à épuiser l’ennemi par des assauts brefs et répétés. Enfin, le but recherché n’est plus le même que dans l’Antiquité ; les raids de pillage font place au désir de conquête des pays agricoles, en vue de leur colonisation.
Au Xe siècle, l’empire kitan des Liao domine une région où se combinent les modes de vie agricole et pastorale ; les incursions des guerriers nomades atteignent Kaifeng, la capitale des Song, et ils dominent un vaste territoire couvrant les actuelles Mandchourie et Mongolie orientale. Déformé, le nom de Kitan est à l’origine de celui de Cathay, c’est-à-dire la Chine du Nord dans les textes médiévaux, en particulier chez Marco Polo. Sous la forme kitai, ce terme désigne toujours la Chine et ses habitants en russe, en turc et en persan. Les Jürchen, quand à eux, se sont d’abord déclarés vassaux de cet empire des Liao dont les institutions étaient purement et simplement copiées sur celles de la Chine : ce peuple est une fédération de tribus toungouses dispersées dans la province actuelle du Heilongjiang – le bassin de l’Amour –, insuffisamment organisé au départ pour résister à une construction politique de type chinois, et disposant d’armées efficaces.
La première mention que l’on ait de ce peuple, sous la désignation Jürchen, date de 1069. En 1115, ils sont établis au nord de Harbin sous un chef nommé Aguta, qui s’octroie le titre d’empereur et donne à sa dynastie le nom de Jin, « or », par allusion aux sables aurifères de cette région. Après avoir conclu diverses alliances tactiques avec la Chine, les Jürchen réussissent à organiser le combat commun contre l’empire kitan, qui s’effondre en 1125. Désormais indépendants, ils se retournent contre leur ancien allié, prennent Kaifeng et réussissent à faire prisonnier l’empereur Huizong. Leurs incursions les mènent jusqu’à la Chine centrale : Nankin et Hangzhou sont prises en 1129, après quoi un accord avec les Song fixe la frontière de l’empire jürchen sur la vallée de la Huai. L’humiliation infligée à la Chine leur confère du même coup un immense prestige ; au XIIe siècle, ils sont assis sur un véritable empire, qui englobe la moitié nord de la Chine, la Mandchourie et la Mongolie. Au milieu du siècle (1153), leur capitale est transférée de Harbin à Pékin.
L’empire des Jin, toutefois, ne dure pas. Ils doit lutter à la fois contre les attaques des Song, celles des Mongols qui sont alors à la veille de leur grande expansion, et surtout les dépenses consécutives aux débordements catastrophiques du fleuve Jaune. En 1214, ils évacuent la Mandchourie devant les Mongols et transfèrent leur capitale de nouveau, à Kaifeng cette fois. Harcelé par les offensives mongoles, leur empereur finit par se suicider en 1234, et l’empire des Jin disparaît. Il était alors assez profondément sinisé : ses institutions reprenaient celles des Kitan, et l’influence de la Chine provenait à la fois de leur héritage et de la présence de nombreux Chinois sur le territoire des Jin. La langue jürchen, langue officielle, était l’objet de traductions de plus en plus nombreuses et semble même avoir été de moins en moins utilisée, au profit du chinois.
Les Mandchous maîtres de la Chine
Après l’effondrement de l’empire des Jin, le gouvernement de la Chine revient aux Mongols, un autre peuple de la steppe : c’est la dynastie des Yuan (1276-1368), remplacée au XIVe siècle par la dynastie chinoise des Ming (1368-1644). Cependant, les Jürchen ont conforté leur position dans les territoires situés au nord-est de la Chine qui devaient prendre par la suite le nom de Mandchourie. Cette région, sur le plan géographique, ne fait plus partie du domaine de la steppe : son climat plus humide est favorable à une couverture forestière importante et son littoral ouvre des possibilités maritimes. L’agriculture de type sédentaire s’y est développée, en concurrence avec la recherche des perles, le commerce des fourrures, l’exploitation du charbon et surtout la récolte des racines de ginseng, racine anthropomorphe qui est aussi un produit de base de la pharmacopée chinoise. Une sage politique d’entente avec la Chine permet, au XVe et au XVIe siècles, des échanges commerciaux fructueux, et les réalités économiques jouent leur rôle dans la décision de s’allier avec la Chine et la Corée, lorsque cette dernière se trouve envahie par les troupes japonaises de Toyotomi Hideyoshi à deux reprises, en 1592 et 1598.
Au début du XVIIe siècle, les tribus jürchen sont fédérées par Nurhaci. Celui-ci met en œuvre des réformes essentielles pour l’histoire de son peuple, et même pour l’histoire de l’Asie orientale : dans la région de Gehol, il met en place des garnisons militaires sur le modèle des gouvernements locaux de type chinois, afin d’administrer une population composite, partie jürchen et partie chinoise. Entouré de conseillers chinois, Nurhaci décide ensuite de distinguer les différents régiments par la couleur de leurs drapeaux. C’est l’origine des qi, les « Bannières », unités militaires à couleurs symboliques, inaugurées en 1601 et qui se multiplient dans les années suivantes au fil des conquêtes mandchoues. En même temps, les Bannières incorporent des éléments étrangers, surtout chinois : d’où une différenciation entre les Bannières extérieures, correspondant à des troupes auxiliaires, et les Bannières intérieures formées de Mandchous « authentiques ». L’ensemble constitue une organisation militaire des plus efficaces.
Le développement de la puissance mandchoue provoque la méfiance, puis l’hostilité sourde de la Chine ; les rapports de bon voisinage et d’échanges commerciaux disparaissent pour faire place à la paix armée au cours des années 1609-1610. En 1616, Nurhaci se proclame khan des Jürchen, titre à résonance glorieuse dans toute l’Asie, car illustré par Gengis Khan. Il fonde en même temps la dynastie des Jin postérieurs, puis dirige des raids contre la Chine après 1618. En 1625, il installe sa capitale dans une ville chinoise que les Bannières ont enlevée, Shenyang, désormais rebaptisée Mukden. Lorsqu’il meurt à la fin de 1626, il sait que son successeur Abahai (1627-1644) poursuivra son œuvre. C’est effectivement Abahai qui occupe toute la Mandchourie et soumet la Corée en 1638. Ces victoires sont d’ailleurs réalisées à travers des modèles chinois : la plupart de ses généraux et de ses conseillers sont chinois, et l’admiration pour tout ce qui vient de Chine n’est pas feinte. En 1635, le nom de « Mandchous » remplace officiellement celui de Jürchen ; l’année suivante, le terme de Da Qing ou « Grands Qing » désigne la nouvelle dynastie.
Les Mandchous trouvent évidemment une aide précieuse dans la région qu’ils viennent de conquérir et qui porte désormais leur nom, la Mandchourie. Dominé par l’ancienne Shenyang, ce pays était sinisé et devient à partir de Nurhaci une pépinière de hauts fonctionnaires pour l’administration mandchoue. Les lettrés, connaissant le mandchou et le chinois, parfois aussi le mongol, sont incorporés dans les Bannières, et parfois intégrés à la famille impériale au sens large : ils deviennent alors des booi, « gens de la maison », conservés héréditairement au service des empereurs et servant d’intermédiaires avec les fonctionnaires en poste. Chargés de l’administration intérieure du palais, ils ne jouent toutefois pas le même rôle que les eunuques au temps des Ming, et n’auront jamais de pouvoir politique important, du moins avant le XIXe siècle : les Mandchous se gardent de faire les erreurs qui ont précipité le déclin des Ming.
La date-charnière, qui marque à la fois la fin de la dynastie Ming et la prise de pouvoir des Mandchous, est celle de 1644. Depuis une vingtaine d’années, la dégradation de la situation économique et sociale en Chine peut faire craindre un soulèvement général. Cette menace a favorisé l’apparition de « seigneurs de la guerre » au XVIIe siècle, chefs militaires d’origine paysanne qui ont fait sécession et combattent les troupes impériales. C’est le cas de Li Zicheng, qui contrôle pratiquement toute la partie septentrionale de la Chine après 1640. En 1644, il se sent suffisamment puissant pour assiéger Pékin, où le dernier empereur Ming, Zhang Liedi, s’étrangle sur la « colline de charbon » au nord du palais impérial. Cependant Li Zicheng est désormais talonné par le commandant des armées chinoises, Wu Sangui, qui fait alliance avec les Mandchous. Ces derniers profitent de la confusion générale pour marcher vers Pékin en utilisant les routes littorales afin d’éviter les Grandes Murailles. Ils s’emparent de Pékin après avoir défait les troupes impériales, tandis que Li Zicheng fuit vers Xi’An, puis le Hunan où il sera exécuté par ses adversaires en 1645. C’est par un véritable désastre, militaire et moral, que s’achève l’histoire de la dernière dynastie proprement chinoise.
1911
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Cadran solaire et faux ami,Parlent tant que le soleil luit,Et se taisent quand il s'enfuit
futur epoux et parrain d'Akitas!