L'enfer = réponse en bas !
Dolcino, brûlé vif par l'Eglise le 1er juin 1307
Certes, au départ, la prédication de Dolcino, comme celle de tous les hérétiques du Moyen-Age, est un pieux appel au retour de l'Eglise à la pureté des évangiles, à la pauvreté, à l'égalité des premières communautés chrétiennes. Et en 1300, il reprend à son compte le message évangélique du réformateur qu'il avait suivi jusque-là et qui venait d'être brûlé par l'Eglise, Segarello.
Mais Dolcino révolutionne le contenu d'un discours réformateur qui portait déjà en lui-même une protestation contre les richesses insolentes du clergé, l'alliance inconditionnelle des féodaux et de l'Eglise, puissance féodale elle-même.
Dolcino se proclame le seul et authentique élu de Dieu,

il annonce un nouveau monde de paix, de fraternité et d'égalité entre les hommes et entre les hommes et les femmes, par la destruction de l'Eglise corrompue et dégénérée ; il prophétise la mort violente, avant cinq ans, de tous les prêtres, moines, religieux, évêques, cardinaux, du pape lui-même, la liquidation de toute hiérarchie ecclésiastique ou nobiliaire ; il prêche le refus de payer les dîmes et autres impôts, les fruits du travail devant revenir à la communauté. Il est une parfaite illustration des explications que donne Frédéric Engels des mille révoltes millénaristes du Moyen-Age : «Toute les attaques dirigées en général contre le féodalisme devaient être avant tout des attaques contre l'Eglise, toutes les doctrines révolutionnaires, sociales et politiques, devaient être en même temps et principalement des hérésies théologiques».
La croisade du pape Clément V(il porte bien son nom)
Bientôt plusieurs milliers de fidèles suivirent sur les routes le chef charismatique, des plébéiens, hommes, femmes, enfants.
Ils devinrent vite une menace politique. Chassés de Trente par l'évêque, Dolcino et les siens traversèrent le Nord de l'Italie d'est en ouest et tentèrent de s'installer dans les campagnes de Vercelli et Biella. Bien accueillis par la population paysanne en perpétuelle rébellion. Clément V se résolut à lancer, en 1306, une croisade. Dolcino dut se réfugier sur les montagnes, en 1305-1307. Ses partisans furent décimés dans les combats et surtout, au cours des deux rigoureux hivers 1305 et 1306, par la famine et le froid. Quand l'assaut fut donné sur le mont Rubello le jeudi-saint 23 mars 1307, les huit cents survivants furent massacrés impitoyablement, à l'exception de Dolcino lui-même, de sa cornpagne et d'un de ses lieutenants, épargnés pour être livrés à l'Inquisition et subir un châtiment public exemplaire.
La torture et la mort
Le jugement prononcé, le pape Clément V transmit à l'évêque de Vercelli l'ordre demettre à mort les rebelles. Margherita, fidèle jusque dans la mort, fut brûlée vive sous les yeux de son compagnon. Le supplice de Dolcino, supporté héroïquement, fut particulièrement barbare : les pieds et les mains enchaînés, il fut hissé sur un char pour offrir un commode spectacle et promené dans les rues de Vercelli ; des bourreaux armés de tenailles rougies au feu lui déchiraient les chairs et lui arrachèrent le nez et les parties génitales avant de jeter le corps mutilé dans les flammes.
La publication du roman d'Umberto Ecco en 1980 «Le Nom de la Rosé» a participé au regain d'intérêt porté à Dolcino, puisque l'écrivain met notamment en scène, fictivement, en 1327, le fameux Inquisiteur Bernard Guy qui démasque et fera brûler des dolciniens cachés dans un couvent augustinien. (Auteur d'une étude en latin sur l'hérésie dolcinienne, Bernard Guy poursuivra ces hérétiques dans toute l'Europe, bien après la mort de Dolcino).
L'Enfer c'est les autres et surtout les Eglises!