
Sonia
J'ai fait ça en septembre 2001 (mais pas pour fuir le FBI, j'y suis pour rien). Sacrée expérience, mais je ne regrette rien.
Après 50 ans de région parisienne, de RER, de pollution, de bruit, d'incendies de poubelle dans mon immeuble...) et 25 ans de journalisme confortable, j'ai décidé d'aller vivre dans un coin isolé de Corrèze (que je connaissais parce que des copains y étaient partis depuis 25 ans) pour aller écrire le prochain Goncourt. D'abord, je voulais retaper et habiter une gare désaffectée. Je voulais aussi fonder une petite agence de presse spécialisée dans les info de la région.
Tout le monde était d'accord avec moi et aimait la région: ma femme (critique d'art, très... itinérante), ma cadette, tout juste collégienne, et ma benjamine qui allait entrer en primaire. Ma fille aînée, elle, vivait en Espagne (elle a sauté le pas la première à un âge où on peut le faire sans grand souci et a rencontré celui qui est devenu son mari).
J'ai profité d'un plan de redressement du journal qui m'employait pour me porter candidat au licenciement économique. J'ai eu droit à dix mois de stage, des indemnités de licenciement assez confortables et 45 mois d'allocation chômage. Ce n'était pas trop mal parti. Ma femme devait trouver un emploi dans le coin. En attendant de pouvoir aménager la gare (2 revenus obligatoires), on a loué une ancienne ferme de 8 pièces au milieu des prés (pour 3000 francs).
Résultat des courses:
Il m'a fallu deux ans pour m'apercevoir que le Limousin n'était pas prêt à avoir une agence de presse comme je le souhaitais. Il y avait les infos, mais pas de client (peu de journaux, collectivités locales sans budget, sites web autosuffisants...).
Ma femme a fini d'itinérer, mais elle est restée ailleurs avec quelqu'un d'autre au lieu de revenir.
A moi tout seul, je ne pouvais plus acheter la gare.
Ma cadette étant maintenant interne au lycée de Brive, je reste seul durant la semaine avec ma benjamine
Ma fille aînée est venue habiter le bourg pour se rapprocher de ses soeurs et terminer ses études à Limoges.
J'essaie de faire des économies drastiques (ça fond vite, des indemnités) et si un boulot dans la presse ou comme prof se présente, je le saisis au vol.
J'essaie toujours, en attendant, d'écrire le prochain (ou le prochain du prochain) Goncourt. Ça avance moins vite que je ne le voudrais, mais ça avance.
Mais je ne suis ni déçu de cette expérience, ni aigri.
Je te rends 25 ans d'âge, si j'en crois ton profil. Tu es à peine plus âgée que ma fille aînée, et je te dirai comme je lui ai dit: "Fais ce que tu as
vraiment envie de faire, sans trop te préoccuper de ce qu'on te présentera comme des aspects négatifs". Tes amis, tu les garderas, quelle que soit la distance qui vous sépare (le téléphone, le mail et la rapidité des transports ne sont pas fait pour les buses); pour le reste, il n'y a rien à perdre. A ton âge, et malgré la conjoncture économique, tu arriveras toujours à faire quelque chose qui te plaît si tu t'accroches à tes désirs.
J'ajouterai que, pour ma part, je préfèrerai toujours regretter d'avoir fait ce que je voulais faire que traîner le remords de n'avoir rien tenté. Et si je ne regrette rien, j'ai un peu de remords pour n'avoir pas tenté ça plus tôt. Donc, c'est le conseil que je te donnerai.
Tant que tu peux aller vers tes désirs, fais-le. Le regret plutôt que le remord.
Bon courage, et bonne chance.
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Custer died for your sins!