Hello everybody,
Voici un petit texte sur Derrick que je conserve dans un coin de mon disque dur :
"Parfois, on est seul, on a froid. On n’est pas contre une série policière (le crime, pour des rai-sons mal élucidées, est un solide remontant), mais on voudrait que cela ressemble à une tisane. On est mûr pour DERRICK.
Derrick, son bon côté, c’est qu’il en traîne toujours dans un coin de la télé. Il vous est loisible d’en siroter jusqu’à dix heures par semaine, à raison d’une prise quotidienne après les repas (interdit aux conducteurs d’engins). Si vous ne ressentez rien au début (ce qui est jugé normal chez le sujet sain), cela entraîne forcément, à la longue, une accoutumance et l’on peut se poser à propos de Ste-phan Derrick la même question que pour Helmut Kohl : plaît-il parce qu’il dure ou dure-t-il parce qu’il plaît ?
La dépendance est observée surtout chez les dames d’un certain âge. Elles aiment ce céliba-taire endurci qui accumule depuis vingt ans les épisodes comme d’autres les points de retraite et qui, à l’inverse des époux amollis, lesquels n’ont jamais pu s’arrêter de fumer, de boire ni de rien, sinon de respirer, ne possède aucun vice. Grand, portant beau (même s’il semble en permanence sortit d’une rhino-pharyngite), élégant, selon les critères d’un concessionnaire Mercedes bavarois membre du rota-ry Club et inscrit à la CDU, reconnaissable à sa pochette blanche (un des deux derniers spécimens en Europe, l’autre étant Mr. Barre , qui vers 1992, dans un accès d’exubérance juvénile, a cessé de la porter droite pour la porter en pointe), Derrick est ce septuagénaire dont une veuve alerte rêve qu’il l’invite à danser lors d’une croisière animée par Jacques Martin (et plus si affinités, ne serait-ce que pour savoir s’il garde au lit son formidable imperméable ceinturé, plus proche d’une carapace que d’un vêtement de pluie).
Les Français qui ont encore des préjugés sur les Allemands (soit 90 % à peine de la popula-tion) relèveront dans l’absence de brio de cette série beige un trait germanique. Le mobilier est sinis-tre. Les restaurants flanquent le bourdon. Les riches, eux-mêmes, loin d’être extravagants comme chez Colombo, sont sagement opulents, et l’on s’aperçoit avec terreur que l’assassinat n’est pas seulement le mobile du feuilleton. C’est l’unique distraction du coin.
Qu’est-ce qui fascine chez Derrick ? Son œil, je dirais. On le croirait frappé de conjonctivite aiguë, mais non, il est tout simplement lubrifié, ce gros œil poché de varan triste, par l’attente du seul vrai plaisir de l’Oberinspektor : celui de forer les consciences. Sa philosophie se résumant à ceci (que l’on jugera banal ou allemand, à son goût) : le mal est en chacun de nous, c’est une affection de l’espèce, et le flic, en tant que personnel soignant, doit garder les mains propres.
Forer, c’est long, bien sûr. DERRICK se situe, côte rythme, un cran au dessus du documentaire sur la vie des méduses. Le spectateur est souvent le dernier informé de la solution de l’énigme, tandis que l’inspecteur et son fidèle Harry continuent lentement d’attacher des bouts de ficelle dans l’espoir d’inventer la corde à nœuds. Le dialogue est souvent énoncé deux fois, au bénéfice des malentendants. Soit l’épisode diffusé l’autre jour sur France 2. « Je vais vous demander de nous laisser seuls », lance Derrick, ce à quoi le suspect repartit avec vivacité : « Vous voulez que je vous laisse seuls ? ». Préci-sion de Derrick : « C’est cela. », lequel, plus loin remet le couvert : « Je désire vous accompagner au labo. » Le suspect (qui n’en croit pas ses oreilles : « M’accompagner ? Au labo ? ». Plus tard, nous voyons Harry décrocher le téléphone : « Le docteur est allé à Zurick en avion. », lui annonce quel-qu’un, ce que Derrick, informé aussitôt du fait que le docteur est allé à Zurick en avion, traduit (à l’usage du fond de la salle) par : « LE DOCTEUR EST ALLE A ZURICK EN AVION ! » A ce moment, deux ampoules de 100 watts s’allument dans les prunelles veloutées de l’Oberinspektor, qui pour un peu s’animeraient. « Il n’y a pas une seconde à perdre ! » lance-t-il au fidèle Harry, et ils commencent à enfiler soigneusement leurs affaires.
A. Schiffres
Télérama – Décembre 1997"
Ah ! J'allais oublier... Vous l'aurez certainement compris, ma préférence va à Colombo.
Cdlt
Mac
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Vivre, c'est agir. Ce n'est pas philosopher. Méditer sur la vie ? A quoi bon ? La vie, on sait bien ce que c'est : un amalgame saugrenu de moments merveilleux et d'emmerdements ! Vivre, ce n'est pas remettre toujours tout en question. Vivre, c'est agir.